Mon premier cheveu blanc

Y s’passe pas mal d’affaires en 2014 dans ma vie et dans celle des gens qui m’entourent aussi. Des opportunités, des rencontres, des choix, certains faciles, d’autres moins.

Pis, maudine. Avant de sortir prendre une bière hier, je me regardais dans le miroir (en appréciant ma nouvelle face sans lunettes, avec eye liner), et PAF, j’ai un cheveu qui brille parmi les autres sur le dessus de ma tête. J’aurais aimé dire qu’il était fait d’or et que ça me rende toute spéciale de faire pousser des cheveux en or, qu’on m’accorde des pouvoirs magiques tout… mais il était blanc. Et définitivement le mien. Il avait cette trace de dernière-teinture-d’il-y-a-6-mois. 

Ma mère m’a toujours fortement déconseillé l’utilisation de teinture, parce que c’est so chimique… Pis quand je lui parlais ce matin, elle m’a simili dit “bienvenue dans le club”. Et on parle de ce club dans lequel se teindre les cheveux n’est plus un luxe esthétique, mais une nécessité pour ne pas paraître plus vieille qu’on ne l’est.

Parce que j’ai truqué mes yeux et que ça va mieux, il faudrait donc quelque chose qui ne me réussisse pas, pour balancer les choses eh?

Damn karma.

Aux yeux des autres

Ma mère me parlait au téléphone et semblait étonnée de voir mon enthousiasme diminuer quelques jours après ma chirurgie. 

Je ne réalisais pas trop que ce n’est pas demain que je pourrai me chixer, faire disparaitre ma démarquation de lunettes sur le nez, aller boire un verre sur une terrasse, me baigner et sortir tard aller danser. 

Pour l’instant, je passe l’essentiel de mon temps dans ma chambre, déchirée entre partir le ventilateur pour avoir moins chaud, mettre des gouttes dans mes yeux chaque 15 minutes OU BIEN, toffer la chaleur dans ma chambre, les rideaux tirés en essayant de me distraire autrement qu’en regardant un écran ou en allant marcher dehors. Je fixe le plafond, beaucoup. J’ai un mal de tête de fatigue oculaire qui part et revient.

La seule chose qui me distrait sans faire forcer mes yeux, ce sont les contacts humains. Parler au téléphone, jaser avec mes colocs, leurs amis quand ils passent. Et comme je suis pas le genre à inviter toujours du monde chez moi et appeler mes amis au téléphone, je déprime un peu. Et ma job de service à la clientèle me met mal à l’aise, parce que j’ai des taches rouges dans les yeux. Meh.

*

Je suis allée au restaurant lors d’une belle soirée et j’ai demandé à la serveuse d’être à un endroit pas trop ensoleillé, parce que, yeux obligent. Elle est devenue toute enthousiaste, m’a posé des question et m’a raconté ceci:

- Tsé avant je travaillais dans un autre resto, pis y’avait une cliente qui me regardait pas dans les yeux, pis ça ça me tanne tsé, j’aime ça regarder le monde dans les yeux, sinon j’les trust pas. Pis rendue sur la terrasse, elle avait mis ses lunettes de soleil, même s’il faisait pas un gros gros soleil. Je la trouvais effrontée et snob. J’ai su après qu’elle s’était fait opérer au laser, je capotais! Maudite belle leçon de vie! Je m’en rappellerai toujours, de celle-là, faut jamais juger avant de connaître!

Un Kent Nagano hippie

Il y a de ces jours où on se sent comme une boule de ouate. Mais une sorte de ouate plutôt compacte. Une toute petite pluie serait assez pour imbiber tout notre être en quelques heures et bon, on continue à rouler quand même. Parce qu’on n’est pas tous faits de ouate. Les autres ne comprendraient pas.

*

L’autre jour, je marchais en direction du nouveau Starbucks pour son ouverture, coin Maisonneuve et De la Montagne, et j’avais ce petit blues de mi-semaine comme j’en ai parfois. J’avais mis une robe, parce que ça me remonte toujours le moral de savoir que si je me sens comme une boule, au moins, je n’en ai pas l’air. 

La température était amicale et j’écoutais le nouveau CD de Lykke Li en boucle. GUNSHOT dans mes oreilles. Bon, ça m’aidait à marcher rapidement (et j’étais dans un mood où l’intensité m’allait bien, oui). Je parcourais ces parcelles de rues dont j’ignorais l’existence, mais que beaucoup de touristes doivent connaître. Brasseries, steakhouses, etc. Et il m’est arrivé un contact humain qui m’a rappelé pourquoi j’aime Montréal et pourquoi Portland et San Francisco ont leur mauvais côté

Il y avait des jeunes adultes qui s’étaient emparé du grand trottoir pour faire du skate. Entre deux figures, j’ai prudemment traversé leur territoire semi-conquis. Et un gars du type Kent Nagano hippie, mais fin vingtaine, est passé devant moi et m’a lancé un de ces regards qui commence vers le bas comme amusé par ma robe ou je ne sais trop. C’était agencé d’un sourire léger, assez pour constater ses belles canines. Comme un quick flirt. 

J’ai continué de marcher, mais je me sentais super cute et désirable. 

*
Quand la ouate prend une shape nice.

Danser un slow

Il y a des soirs où je sortirais, à 23h, danser un slow. 

Juste ça. Avec quelqu’un que je ne connais pas. En silence. Arriver, trouver le partenaire et danser un long slow. En ne se regardant pas, ou à peine. Ma tête posée sur son épaule, un peu trop haute. Perdre son regard dans le vide, le temps d’une chanson que ni l’un ni l’autre ne connait.

Il y a de ces soirs où on est déçu. Par ce qu’on sait et ce qu’on ne sait pas. Des pensées qui se perdent partout alors que tout ce dont on aurait besoin, c’est surement de cette lente danse, collée contre quelqu’un qui a besoin de cette même sensation de calme. 

Un slow. Pis je m’en vais promis. xx

Être une beach girl

J’ai mis mes verres de contact hier pour faire une photo. J’avais du temps libre et je voulais m’arranger pour ressembler à la fille sur l’affiche du TNM. Le résultat est concluant à en croire les réactions. 

Une heure après, je n’en pouvais plus. J’ai retiré les lentilles et remis mes lunettes… Je n’ai plus 16 ans. C’était facile être une lady avant. Se maquiller à -8, c’est parfois rough, lors des matins embrumés. 

Pour maitriser un look autoritaire, ou bête, porter des lunettes, c’est cool. Quand tu veux sortir aller prendre un verre, donner une impression friendly à des gens que tu rencontres pour la première fois, faire du sport, marcher au soleil, porter une belle robe et ne pas avoir l’air d’une secrétaire qui essaie de se dégêner… Boaf. (<— Comprendre ce “Boaf.” comme un mot reflétant la déprime, l’ennui, l’impuissance et le désarroi)

Je rêve du jour où je me réveillerai en voyant tous les arbres du parc Lafontaine en jetant mon premier regard dehors. Ou le deuxième jour où j’improviserai un voyage en Californie, parce que c’est l’état où chiller, quand tu portes pas de lunettes. C’est connu.

(J’ai rendez-vous cet après-midi pour une évaluation. Dans la vie on a le droit de chialer, tant qu’on cherche des solutions.)

La courtoisie au volant

Ça ne faisait pas partie de ma “Marche à suivre pour vivre dans une ville parfaite”. Tant que les piétons qui traversent au passage prioritaire ne se font pas blesser, tsé, j’avais pas bien davantage de demandes que ça.

Puiiiis je suis allée à Portland.

Dans la magnifique cité de Portland, un conducteur arrêté à une intersection te voyant arriver à 5 mètres de là va attendre que tu aies traversé au complet pour poursuivre sa route. Incroyable, mais vrai!

Dans mon tour guidé à pied, le guide, tanné du feu rouge qui ne finissait plus d’être rouge nous a lancé:

-Ok, we’ll go after this car.

Et il s’est placé dans la rue, une main indiquant de freiner aux voitures qui venaient. Et on a traversé. Pas de klaxon. Pas de conducteur impatient. Tout le monde était OK avec cette situation. J’aurais traversé le fleuve avec Moïse, j’aurais pas été plus safe. La Montréalaise que je suis était fascinée.

Et puis je me demande aujourd’hui ce que ça prendrait pour que Montréal perde sa rage au volant. À Portland, quand un conducteur bitche contre les cyclistes, il doit se faire regarder croche en tah. Ici, y’en a une gang qui le valorise. À go, on se pratique à dévisager les bike haters.

Go.

"You dropped something"

Cher lecteur qui me connais, tu sais que je n’ai pas l’air bête en général. Lorsque je suis fatiguée, il arrive que je sourie moins. 

"Wait! You dropped something!"

***
MTL-ORD
Levée à 3AM, heure locale de Montréal (Minuit à Seattle). Incapable de dormir dans ce minuscule avion où il faut pencher la tête pour y entrer. L’hôtesse de l’air, seule et nerveuse, clanche la porte de l’avion comme on clanche une porte de garage. Une chance que j’ai pas peur de l’avion. Fatiguée, ça me fait rire. 

ORD-SEA
Pire aéroport. J’ai couru pour attraper ma connexion, qui était fnalement en retard. Deuxième avion: im-mense comparé à l’autre. Je dors un petit peu, mais je suis pas du côté hublot, cette fois.

J’ai quitté Montréal grise, les arbres qui rushent à retrouver la vie. Je suis victime d’un léger syndrome de Paris, lorsque je constate (!) la verdure tout autour. 

Seattle, 2PM

J’arrive à l’auberge, je pose mes trucs. Tentée par une sieste, je me resaisis. Non Juliette, sinon tes dix jours de voyage seront décalés. Je vais me promener, voir Pike Place. Les poissonniers se lancent des grosses bêtes, c’est plein de monde et de fleurs. Explicable notamment par le weekend de la fête des mères. Je marche vers la rive. J’ai peut-être attrapé l’air bête des poissons.

"Wait! You dropped something!"

Je regarde derrière moi, rien. Je regarde le gars.

"Your smile"

***

On dit beaucoup de bien des gens de la côte ouest. Qu’ils sont sympathiques, avenants, toujours le sourire aux lèvres. 

J’ai eu envie de lui dire bien des choses, mais le dude en question était avec une fille, qui observait ma réaction. J’étais crevée et j’ai peut-être continué à marcher en marmonnant des mauvais mots. 

À San Francisco, je suis en file avec deux amis pour acheter un billet pour les fameux Cable Cars. On parle pas, parce qu’on observe nos cartes de la ville respectives. Un gardien de sécurité me voit du coin de l’oeil et se déplace pour surveiller plus près de moi. Il me dit quelque chose du genre “You must have a beautiful smile, but I can’t see it.”

Si c’est une technique de drague, C’EST MAUVAIS. S’en est ensuit d’une sorte de justification de ma part genre, je voyage, I’m tired, it’s pretty normal eh? J’lui aurais dit d’aller se faire voir, mais j’étais avec des amis. Et c’est un gardien de sécurité. We never know. J’veux pas de trouble aux États-Unis, moi là. Je dois revoir Portland un de ces quatre.

Pourquoi #mawestcoast ?

Où ça? Vancouver? Whistler?

Hm. Peu de gens ont admis ne pas vraiment te connaître. Et c’est pourtant commun. Shame on me, je n’avais moi-même jamais entendu parler de toi avant un quiz Buzzfeed, ma Portlandia. J’ai ensuite découvert la série. Puis le Starbucks Brewery Blocks. Autant de raisons pour t’aimer, déjà. 

Tant qu’à être dans cette part du monde, je voulais visiter cet endroit dont j’ai prononcé le nom tant de fois; Pike Place. Notre café filtre standard, partout à travers le monde, porte le nom du premier magasin. Pour ce faire, je me devais de visiter la ville à l’aiguille spatiale à la vibe musicale. 

Et puis pourquoi pas visiter mon ancien coloc et ami, établi à San Francisco. Un petit peu de Californie, ça ne peut pas nuire, comme fin de voyage. Après l’hiver qu’on a eu, t’sais. Acheter un coton ouaté pour ramener un peu de soleil quand il fera froid.

J’ai rencontré un Montréalais, qui s’apprêtait à aller travailler sur un bâteau de pêche pendant toute la saison. Sinon, aucun Québécois. Aucun Canadien, même. Et quand je me présentais comme Montréalaise, il m’a semblé paraître exotique aux yeux des autres voyageurs. J’étais la jeune canadienne solitaire qui apprenait à la plupart que Montréal, comme une majorité de l’est du Canada, parle le fwançaise. 

Comme souvenir, j’ai ma tasse Portland que j’ai amenée au travail. Si jamais elle se brise, c’est pas la fin du monde, je me dis, parce que eh, j’y retournerai de toute façon. 

La belle solitude

À me faire questionner et subir les petites inquiétudes parentales, j’en suis venue à justifier mon voyage en solitaire par une foule d’arguments.

Faire ce que je veux

Je suis partie avec plein d’idées d’attractions à voir aléatoirement, néanmoins j’étais bien décidée à me lever tôt pour visiter ce que je voulais visiter. C’est dur d’imposer à quiconque cette liste de choses à faire nonchalante.

Me lever tôt

Je me suis réveillée naturellement vers 7h30 tous les jours, en moyenne. J’allais déjeuner quelque part conseillé par Foursquare et j’errais en ville le reste de la journée. Je m’écrasais de fatigue dans mon lit avant 22h, aussi.

Ne pas être jugée

J’ai arrêté dans nombre de Starbucks, en passant par Evolution Fresh et La Boulange. Parce que je suis un peu crinquée et passionnée par tout ça. 

Être avec du monde quand ça me tente

Parce qu’il y a des moments où on veut prendre une bière avec des citoyens de contrées exotiques. L’auberge est pleine de petits personnages et d’autres plus casual. Tous les soirs. 

Mon voyage fut donc sans compromis, sans omniprésence de quiconque et sans soucis. En un mot; mémorable.

Fait beau

Quand il fait beau, l’air est plus léger, le sourire des autres vient plus facilement et je l’attrape au vol pour le partager à mon tour. 

Je reviens d’un superbe voyage sur la côte ouest américaine. J’ai été promue au travail il y a quelques mois. J’ai enregistré des publicités radio pour mon employeur “Bonjour, ici Juliette, barista!” qui passent à NRJ (FYI, tsé). Je m’implique également dans la qualité du français. Je travaille fort à créer un climat de travail agréable pour tous en réglant problèmes de tous genres. Je joue à l’occasion de la belle bass que je me suis offerte en janvier. J’ai eu de bonnes notes dans mes cours de création littéraire cet hiver. Ça va bien dans ma vie en colocation. Je dors bien. Je mange équilibré.

Pis j’écris plus vraiment. Des notes, des listes, des idées, dans mon carnet, mais rien de plus. 

"J’ai c’que j’mérite et quelle jouissance" clamait Malajube. 

J’ai pris le temps de profiter et d’apprécier.

Là je suis de retour. J’ai des idées dans mon sac, pis peut-être un chat ou deux. Je vais me refaire la corne que j’avais sur les doigts de ma main gauche pis jouer correctement quelques tounes de la playlist d’Osheaga 2014 (Ça devrait sortir sous peu ça eh?) 

Le beau temps restera pas, la facilité non plus. Je m’y remets. 

Ceci était un petit contrat à la Juliette.